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Biographies de neurologues
 
Nouvelle Iconographie de La Salpêtrière
 
 L'histoire des neurosciences à La Pitié et à La Salpêtrière J Poirier
The history of neurosciences at La Pitié and La Salpêtrière J Poirier 
 
 
 

mise à jour du
25 avril 2016
A Lausane et à Paris
chez J. Fr. Bastien
1774
La philosophie des vapeurs ou
lettres raisonnées d'une jolie femme
sur l'usage des symptômes vaporeux
Claude Paumerelle (1746-?)
Abbé Claudio Giustino de Bethmont de Paumerelle

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paumerelle
 
LETTRE VI
Je suis désespérée de n'avoir pu assister à votre première leçon, vous me le pardonnez, belle Comtesse ! Une autre fois je m'arrangerai de façon à m'y trouver. Au reste, je veux attendre que vous soyez un peu plus avancée. Aujourd'hui il n'a été question que des migraines et des maux d'estomac ; ce n'est encore là que l'introduction à l'art des vapeurs. Ne souriez point au mot d'art, c'est très sérieusement que je l'applique au manège des vapeurs.
 
Vous n'aurez pas donné deux ou trois cachets à votre petit abbé que vous serez forcée de convenir qu'il n'y a ni affectation, ni pédantisme dans mon expression ; elle est technique. Quelle méthode suit-on dans les leçons que l'on vous donne ? Ne vous instruit-on pas du temps, du lieu, de l'espèce, de la variété et de l'à-propos des symptômes vaporeux? Or, toute cette instruction ne peut être bien faite sans règles, sans principes. Il y en a donc ? Où il y a règles et principes, il y a de l'art.
 
Concluons donc, en bonnes logiciennes, qu'il est aussi raisonnable de dire l'art des vapeurs que l'art de la toilette. Vous possédez ce dernier supérieurement, et j'aime à croire que vous jouez déjà la migraine à ravir. Convenez qu'elle est une ressource bien utile à une femme. Une migraine déroute les projets d'un mari, donne de l'inquiétude à un amant, réveille l'intérêt dans un ami, chasse un ennuyeux qui assomme, rompt l'entretien d'un sénat de caillettes qui excèdent.
 
Ah ! Comtesse, chère Comtesse ! l'excellente chose que la migraine ! C'est un artifice divin lorsque l'on aime : alors elle est presque de nécessité habituelle. Règle générale, elle doit servir de prétexte pour éloigner tout importun assez hardi pour venir rompre un tête-à-tête. Les maux d'estomac ne sont pas non plus hors d'œuvre dans le maintien d une jolie femme. La délicatesse est de notre essence. En est-il un indice moins équivoque qu'un estomac délabré? Que vous a dit l'abbé sur cet objet ?
 
Il doit vous avoir observé que c'est surtout à table qu'il convient de se plaindre de ce viscère. Je suis de son avis : je n'ai jamais été à un souper sans signifier que je n'avais pas l'estomac crochetural. On ne tolère un bon estomac que dans la classe de la bourgeoisie. Il ne paraît pas déplacé clans un financier. La raison en est toute simple. Ces Messieurs sont si près de la roture qu'on n'est pas étonné de trouver en eux un arrière-goût de terroir. Nous sommes faites pour être esclaves de la mode, nous le sommes en tout pays. En Chine on nous mutile, on nous estropie pour nous faire un petit pied ; en France on veut que nous ayons l'estomac en délabre... Livrons-nous à la bizarrerie de l'usage, nous nous en trouverons encore mieux que les dames de Pékin. Les maux qu'elles souffrent sont réels, les nôtres ne sont que de convention. Ne perdez jamais ce point de vue : biens et maux, chez nous, tout n'est que fiction. Je n'en excepte que la tendresse que j'ai pour vous.
 
LETTRE VII
Deux heures pour l'immense chapitre des bâillements, et prétendre l'avoir épuisé ! Ah ! ma chère, le petit abbé n'est qu'un sot, ou un maître du dernier superficiel. Combien je rabats sur son mérite ! Que peut-il vous avoir appris dans ce court espace ? Il vous a donné la légende des bâillements les plus communs, les plus journaliers. La belle théorie que la sienne ! Bâillez, Madame, bâillez toutes et quantes fois que vous vous ennuyez. Et qui ignore que l'ennui est le père du bâillement ? L'instance de la nature suffit seul pour en instruire. Que l'on ôte à une petite fille sa poupée, qu'on l'empêche de jouer à la madame avec le marmot qu'elle nomme son petit mali, que fait la belle enfant ? Elle pleure, s'ennuie et bâille. Il n'y a pas jusqu'aux animaux qui ne soient avertis de la présence de La philosophie des vapeurs l'ennui par les bâillements.
 
Dès que Zéphirine n'est plus sur mes genoux, que je cesse de la couvrir de baisers, elle devient triste, chagrine et bâilleuse. Si les bêtes ont, comme nous, le tact du bâillement, elles ont aussi le talent de le provoquer. (Ceci ne doit s'entendre que des bêtes à figure humaine). Combien de gens de notre connaissance le possèdent à un degré éminent ! Mais, chut, je ne veux point me livrer à la médisance, je préfère vous démontrer qu'on ne peut faire un pas, dans la société, sans rencontrer l'escorte des bâillements ; elle a droit de présence dans toutes les maisons : la vôtre n'en est pas plus exempte que la mienne.
 
Pour ne pas m'accuser de vous injurier sans fondement, de grâce, suivez-moi un peu dans les détails. Je vous suppose dans votre cabinet d'assemblée, attendant l'heure de la cohue, vous tuez le temps, vous vous occupez à filer, ou à faire du filet, n'importe; vous êtes maritalement vis-à-vis de M. le comte ; il vous regarde travailler par contenance, ou bien il parcourt une brochure qu'il quitte d'une minute à l'autre pour vous adresser un monosyllabe ; vous lui répondez avec le même laconisme. Jusque-là tout est dans l'ordre. Pour finir le tableau, il n'est plus question que de vous voir bâiller l'un et l'autre à l'envi. J'en aurais la douce satisfaction si le bruit des voitures qui s'arrêtent à votre porte ne vous avertissait de suspendre ces gentillesses du tête-à-tête marital.
 
À la lueur de vingt bougies répétées dans six glaces, je vois entrer deux femmes qui doivent être l'âme de votre cercle : l'une est la comtesse d Estinasse, vieille joueuse, qu'accompagne Dolbi, son tailleur ordinaire au Pharaon ; l'autre est la duchesse de Termille, jolie tricheuse, la terreur de tous les joueurs intéressés, et la coqueluche de ces agréables qui se font un mérite de se laisser dépouiller sous l'espoir d'avancer leurs affaires. Les battants ne cessent de s'ouvrir : vingt personnes arrivent successivement. Toutes sont lestes, enjouées, sémillantes. Quelle soirée délicieuse vous allez passer, Comtesse ! Ah ! vous n'êtes pas assez neuve pour ignorer que plus une assemblée est brillante et nombreuse, plus il y a à parier pour les bâillements. Ces enfants de l'ennui sont étranges ; ils se plaisent infiniment dans la bonne compagnie. Ils n'ont pas tort : ils y font plus de victimes que partout ailleurs. Et de fait, quand, dans ce que nous appelons la bonne compagnie, nous avons épuisé l'article des nouvelles du jour et des modes, effleuré le chapitre de la calomnie, tari celui de la médisance, quelle ressource nous reste-t-il ? Celle de bâiller. Bâillez donc, Comtesse, surtout quand vous jouez un triste Wisck avec des partenaires qui conservent toute la morgue anglaise.
 
Vous savez où la trouver puisque je vous fais lier partie avec la vieille d'Estinasse, le silencieux Chabrinont et le glacial baron de la ***. Quittez-vous le jeu pour être à la conversation, vous ne pourrez vous dispenser de bâiller. Vous entendez discourir le persifleur Desmazières, c'en est assez. Aux seuls mouvements des lèvres de l'agréable de ***, on pressent le bâillement. Est-il jamais sorti autre chose que des fadeurs de cette bouche emmiellée ? Les saillies de Richard, le fermier, doivent faire la même impression : elles sont tellement encrassées que ce serait folie d'en chercher le brillant. Pour les bons mots du président de Tolbigny, ils sont aussi vieux que le code sur lequel il a pâli. Le bon homme vous permet d'en bâiller, sans s'en formaliser. La coquette d'Arfeuille n'a pas cette générosité ; elle ne pardonne pas les symptômes de l'ennui quand elle disserte. La pauvre femme n'a que ce travers : ménagez-la. Que votre éventail l'empêche de remarquer le dérangement de vos jolis traits. Un peu moins de ménagement pour la dévote Servine : toujours parler du cher directeur, ne chanter que lui, et exiger qu'on l'entende de sang-froid ! Dites-lui, en bâillant et rebâillant, que, pour une âme pieuse, elle n'est guère charitable. Si ce dernier bâillement fait éclat, rejetez-le sur les vapeurs qui vous tourmentent. À ce mot, on lèvera le siège, et, tout en s'en allant, les uns vous plaindront de bonne foi, d'autres crieront que vous vous donnez un ridicule, le plus grand nombre conviendra qu'il vous sied : ce sont les gens sensés, et moi à leur tête, parce que personne ne prend plus d'intérêt à votre avancement vaporeux.
 
 
Lettre VIII
Que la marquise est changeante ! Vous le direz, ma très chère, voyant que je ne vous tiens pas parole sure les bâillements. Je vous avais promis de revenir sur cet article, nous devions le traité à fond ; voilà quelles étaient mes promesses, n'est-ce pas ? J'en tombe d'accord ; mais souvenez vous du proverbe que nous avons joué il y a peu : promettre & tenir son deux. Je joue aujourd'hui. Il devait être question des bâillements, il n'en sera rien. La réflexion approuve cette variation de ma part. J'ai réfléchi que plus vous vous répandrez, Plus votre expérience vous apprendra à bâiller. Ne consultez aussi qu'elle pour les engourdissements et les assoupissements. C'est de symptômes de sombres vapeurs sans si étroitement unis avec les bâillements, que qui connais ces derniers, ne tarde pas à être familiarisé avec les premiers. Êtes-vous curieuse d'en faire une prompte épreuve ? partez sur le champ pour Versailles, je vous suis garante que vous n'aurez pas respiré l'air quatre minutes sans vous apercevoir que bâillements, engourdissements et assouplissements ont les honneurs du Louvre. Dans l'œil de bœuf, quoiqu'il y fasse à peine clair, il y a assez de jours pour distinguer nos symptômes, malgré le soin que le courtisan prends de les mâter par une pétulance purement grimacière. Même allure de grimaces dans la galerie. Vous êtes une bonne femme, si vous vous laissez prendre à l'air affairé de nos talons rouges. L'heure empressement ne dupe que la bonhomie : c'est un masque qui tombe comme l'écorce d'un arbre qui dépérit. J'ai retenu cette comparaison judicieuse, que je ne m'approprie pas ; elle appartient à Chardal, homme de Cour par nécessité, agronome par goût ou pas manie : il ne répète que cela À toutes les fins de quartier.
 
 
Nouveau traité du rhumatisme et des vapeurs Dumounlin M 1703
Dissertation sur les vapeurs et les pertes de sang. Hunauld P 1756
Traité des affections vaporeuses des deux sexes P Pomme 1757
Traité des affections vaporeuses du sexe J Raulin 1758
De la santé des gens de lettres Tissot S 1769
Nouveau Traité des Vapeurs ou Traité des maladies des nerfs Pressavin JB 1770
La philosophie des vapeurs Paumerelle Cl 1774
Traité des maladies nerveuses hypochondriaques et hystériques Robert Whytt 1777
De l'influence des affections de l'âme dans les maladies nerveuses des femmes Chauvot de Beauchêne EP 1781