Le bâillement, du réflexe à la pathologie
Le bâillement : de l'éthologie à la médecine clinique
Le bâillement : phylogenèse, éthologie, nosogénie
 Le bâillement : un comportement universel
La parakinésie brachiale oscitante
Yawning: its cycle, its role
Warum gähnen wir ?
 
Fetal yawning assessed by 3D and 4D sonography
Le bâillement foetal
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Le bâillement foetal
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mise à jour du
5 septembre 2010
 
 
Georges Guinon
1859 - 1932
 
 O. Walusinski
 
Les internes de JM. Charcot
 
 Les biographies de neurologues
 
La lettre d'information du site 
 
L'histoire des neurosciences à La Pitié et à La Salpêtrière J Poirier
 
The history of neurosciences at La Pitié and La Salpêtrière J Poirier  
 
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Seul Antoine Bernard (1853-1891), interne en 1883, reste méconnu. Né à Marseille, il soutient sa thèse, devant Charcot, en 1885 « De l'aphasie et de ses diverses formes » où apparaît le célèbre dessin explicatif imaginé par Charcot dit « La Cloche », montrant les versants perceptifs et d'expression de l'aphasie. Deux éditions commerciales de sa thèse, paraitront, en 1885 et 1889, relatant « des expériences pratiquées à la Salpêtrière devant Charcot ». Sa seule autre publication, alors qu'il était interne en 1883, relate « Un cas de suppression brusque et isolé de la vision mentale des signes et des objets ». Il meurt à 38 ans.
 
gerges guinon
Georges Guinon, interne en 1885
  © Extrait de l'Album de l'internat de La Salpêtrière conservé à la Bibliothèque Charcot à l'hôpital de la Salpêtrière
(Université Pierre et Marie Curie, Paris)  
 
A la suite de Bernard, Georges Guinon (1859-1932), reçu à l'internat en 1883, entre chez Charcot en 1885, alors que Freud passe quatre mois à La Salpêtrière et commence la traduction, en allemand, du troisième volume des maladies du système nerveux de Charcot. Guinon succédera à Georges Gilles de la Tourette comme chef de clinique en 1888-1890. Quand Charcot était à l'apogée de sa carrière, il sentit le besoin d'être aidé dans son exercice privé, en ville, étant devenu médecin des grands du Monde, par « un secrétaire », en fait un de ses assistants de La Salpêtrière qui examinait les patients avant lui et se trouvait ainsi mêlé intimement à sa vie familiale, personnelle et professionnelle. Guinon fut le dernier des quatre ayant tenu ce rôle, après Charles Féré, Pierre Marie et Georges Gilles de la Tourette (3).
 
Dans son « Charcot intime », publié en 1925 pour le centenaire de la naissance de Charcot, il témoigne des interférences que son statut engendrait : « Charcot ressentait comme une responsabilité paternelle vis à vis de ses élèves qui l'appellaient « patron » comme le faisait toute sa famille. Madame Charcot était « la patronne », qui aidait les internes dans leurs expériences et tribulations. Quand nous souhaitions obtenir quelque chose du patron et doutions qu'il accepte, nous prions Madame Charcot d'en faire la demande à notre place. Et c'était toujours avec succès si, bien sûr, nous ne demandions pas l'impossible » (49). Léon Bernard (1872-1934) écrit : « Tout l'être de Guinon, son être sentimental comme son être spirituel, avait été comme absorbé par la haute personnalité, dont il considérait l'estime comme l'honneur de sa vie. Le souvenir en était resté vivace chez lui, comme celui d'un grand amour. Âme simple et droite, Guinon, lorsque soudainement Charcot mourut, chancela; toute la construction prévue, toutes les chères espérances de sa vie s'effondrèrent; il partit » (50). Ce témoignage éclaire le sens si affectueux du « Charcot intime ». Ce deuil profond devait donner à sa carrière un inattendu et singulier parcours, vraiment inhabituel pour un brillant élève de Charcot.
 
En effet, peu après le décès du maître, il partit s'installer comme médecin de famille, d'abord en Normandie, puis en Bretagne, dans le port de Douarnenez, où il exerça avec discrétion et un extrême dévouement jusqu'en 1919, y consolant les familles éprouvées par les morts de la Grande Guerre. En 1919, il rejoint Léon Bernard et la lutte contre la tuberculose, en devenant médecin inspecteur de l'Office Public d'Hygiène du département de La Seine qu'une loi, dite de Léon-Bourgeois, venait d'instituer dans chaque département français. Léon Bernard témoigne qu'il souhaitait servir les plus nécessiteux et premières victimes de ce fléau très répandu à l'époque. Pourtant sa carrière de neurologue à La Salpêtrière avait brillamment commencé. C'est lui qui a rapporté que Charcot « n'admettait pas qu'on touchât aux doctrines de la Salpêtrière, c'est à dire aux siennes ».
 
Guinon s'intéressa d'abord à la Malade des Tics Convulsifs que Gilles le Tourette venait de décrire, en ajoutant, à la description initiale, la fréquente association de troubles psychiatriques à type phobique « les idées fixes » comme l'arithmomanie ou l'onomatomanie, d'épisodes dépressifs et de comportements d'agressivité non contrôlée. Cette analogie, qu'il reconnut, entre les tics moteurs et les tics comportementaux épuisants, a retrouvé tout son sens, à notre époque, où les techniques d'électrostimulation de noyaux gris centraux permettent de les améliorer, les uns comme les autres. Dans le titre de son travail princeps, Gilles de la Tourette avait noté « l'incoordination motrice ». Guinon contestera ce terme montrant qu'il s'agit de mouvements involontaires mais correctement coordonnés. Alors que Gilles de la Tourette décrivait l'évolution de la maladie comme continue et d'aggravation progressive, Guinon indiqua que l'évolution était fluctuante avec possibilité de périodes de rémissions peu symptomatiques. Par contre et en contradiction avec Charcot, Guinon pensait qu'elle était une forme d'hystérie. Guinon est l'auteur du chapitre « Tics » dans le Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales de Dechambre en 1887; il y précise mieux que Gilles de la Tourette les diagnostics différentiels notamment les dyskinésies, les névralgies du trijumeau et des chorées. On peut noter qu'il suggère de maintenir le terme de maladie des tics convulsifs alors que Charcot parlait de la maladie de Gilles de la Tourette (52). Acrimonie rentrée ?
 
georges guinon
extrait de
Une leçon de Charcot à La Salpêtrière
tableau de André Brouillet 1887
 
Pourtant, lorsque Gilles de la Tourette fut victime des coups de feu tirés par la malade Rose Kamper, c'est lui qui arriva le premier au secours de « son ami » comme il le relate, en termes chaleureux, dans l'article du Progrès Médical consacré à cet épisode, quelques jours plus tard. Guinon soutint sa thèse en 1888, éditée en livre en 1889 : « Les agents provocateurs de l'hystérie ». Il y indique clairement que Charcot envisageait l'hystérie comme une conséquence, un mode de résistance à une cause externe infligée au malade, en passant en revue « le shock nerveux » (traumatisme, tremblements de terre, foudre), les maladies infectieuses graves, le surmenage, les intoxications chroniques (alcool, plomb, mercure), ou une autre maladie organique (tabes, sclérose en plaques). Il n'oublie pas de mentionner l'existence d'une hystérie masculine, décrite par Charcot, et mentionne une impressionnante statistique, évaluant que le diagnostic d'hystérie a été porté 244 fois sur les 3168 consultations de l'année 1886 à La Salpêtrière.
 
On peut noter qu'il se démarque, légèrement, en estimant important, comme le fit Gilles de la Tourette, le rôle de l'hérédité dans cette pathologie alors que Charcot l'estimait modeste et liée à une « lésion dynamique » acquise. C'est Guinon qui reçut, peu avant sa mort, la confidence de Charcot « ma conception de l'hystérie est dépassée et la description de la pathologie nerveuse doit être révisée » (53). En juillet 1886, il publie, avec Pierre Marie dans la Revue de Médecine, une mise au point intitulée : « Sur la perte du réflexe rotulien dans le diabète sucré » dans laquelle ils donnent une description de la neuropahie diabétique et expliquent le diagnostic différentiel avec le tabes : « Supposons nous en face d'un malade qui présente les phénomènes suivants : abolition des réflexes rotuliens, douleurs fulgurantes, légère titubation les yeux fermés, baisse graduelle de la vue, troubles de la miction, diminution de la puissance génitale. Il y a tout ce qu'il faut pour constituer un tabes. Mais que l'on vienne à examiner les urines, on trouve du sucre; ce n'est plus à un tabes mais au diabète qu'on a affaire ».
 
Enfin par son activité de secrétaire de Charcot, il tint un rôle majeur dans les publications de La Salpêtrière. Il contribua à la rédaction des « Leçons sur les maladies du système nerveux faites à La Salpêtrière » et à la Nouvelle Iconographie de La Salpêtrière. Ainsi dans le troisième tome paru en 1890, il cosigne avec Georges Gilles de Tourette et Ernest Huet une « contribution à l'étude des bâillements hystériques », inspirée de la Leçon du Mardi de Charcot, le 23 octobre 1888, décrivant une jeune femme, aménorrhéique avec amputation binasale du champ visuel, qui bâillait 480 fois à l'heure de l'éveil à l'endormissement (54). Enfin, il est l'auteur de plusieurs chapitres du traité de médecine de Charcot, Bouchard, Brissaud de 1891 : maladies de la protubérance annulaire, des pédoncules cérébraux, et du bulbe rachidien; maladies extrinsèques de la moelle épinière; maladie des méninges.
 
49. Souques A. Charcot intime. Paris. Masson. 1925.
 
50. Bernard L. Georges Guinon. La Presse Médicale. 1932;39:541-542.
 
51. Lereboulet P. Georges Guinon. Paris Médical. 1932;22:593.
 
52. Kushner HI, Kiessling LS. The controversy over the classification of Gilles de la Tourette's syndrome, 1800-1995. Perspect Biol Med. 1996;39:409-35.
 
53. Guinon G. Charcot intime. Paris Médical. 1925;26:511-516.
 
54. Gilles de la Tourette G, Huet E, Guinon G. Contribution à l'étude des bâillements hystériques. Nouvelle Iconographie de La Salpêtrière. Paris. Lecrosnier et Babé. 1890;3:97-119.
georges guinon
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