Le bâillement est un comportement
d'allure réflexe : le
déclenchement est involontaire, mais
une fois déclenché, la
volonté peut en moduler le cours.
Le bâillement est
interprêté comme
mécanisme visant à
accroître la vigilance.
Comment se
déclenche un bâillement
?
1°) L'homéostasie
interne
Les contrôles exercés par le
système nerveux autonome (ou
végétatif) sur les grandes
fonctions vitales sont modulés par les
états de vigilance. La balance entre
activité sympathique et
parasympathique est modifiée selon
l'état de vigilance
considéré. Il existe une
tendance à l'augmentation progressive
de l'activité vagale de la veille au
sommeil lent avec pic lors du sommeil
paradoxal tonique tandis que
l'activité sympathique
décroît presque
parallèlement. Il en résulte
une diminution nette de l'activité des
muscles des voies aériennes
supérieures lors du sommeil. Elle est
maximale lors du sommeil paradoxal, plus
prolongé en fin de nuit, et associe
hypotonie musculaire
périphérique
généralisée et tendance
au collapsus des voies respiratoires
supérieures. Lors de l'éveil,
le bâillement et l'étirement
ouvre au maximum le pharyngo-larynx et active
la reprise musculaire tonique
déclenchant une augmentation de la
fréquence cardiaque, de la pression
artérielle, du métabolisme
musculaire associée à un
dérouillage articulaire. Les
expériences de suppression du sommeil
paradoxal montrent la disparition du
bâillement, confirmant le lien
étroit entre sommeil paradoxal et
bâillement.
2°) Le contrôle du tonus
postural
La fatigue, l'ennui, le manque de
sommeil, etc entrainent des modifications de
notre tonus musculaire, perçues par le
système nerveux (sensibilité
profonde, interoception). Les variations du
tonus des muscles des machoires et de la
nuque sont perçus par les structures
nerveuses du tronc cérébral (le
cerveau archaïque dévoué
au contrôle des fonctions gérant
l'intendance de notre vie). Au réveil
ou lors d'une baisse de vigilance par ennui
ou fatigue, ces modifications de tonus
déclenche le réflexe de
bâillement. Les nerfs qui commandent
les muscles des machoires, du pharynx et du
cou envoient et reçoivent des influx
vers (et des) les structures du tronc
cérébral responsable de notre
éveil. Le bâillement est compris
comme un réflexe accroissant notre
vigilance. Il n'existe pas de centre nerveux
strictement défini à ce
réflexe. Les structures anatomiques
nommées hypothalamus, hypophyse, tronc
cérébral sont indispensables
à son apparition.
Ce comportement semble exister chez
presque tous les vertébrés
(sauf la girafe et les
cétacés). Son existence au sein
d'espèces au cerveau rudimentaire
comme les reptiles montre que son origine est
extrêment ancienne dans l'arbre de
l'évolution. Il témoigne de la
survivance de comprtements archaïques,
chez l'homme, malgré l'extrême
développement du cerveau. Il apparait
très tôt au cours de la vie
foetale et se voit dès douze
semaines de grossesse à
l'échographie.
Comment
expliquer la contagion, ou mieux la
réplication du bâillement
?
Le schéma d'organisation
fonctionnelle de Paul
MacLean explique la superposition
phylogénétique de trois
cerveaux d'élaboration fonctionnelle
croissante:
-un cerveau ancestral
«reptilien», gérant de "purs
instincts" et qui ne possède pas de
mémoire (tronc cérébral
et noyaux gris centraux), lieu d'origine du
bâillement ;
-un cerveau
«paléomammalien» interface
synaptique et humorale commune à tous
les mammifères, répondant
à l'acquisition de réponses
émotionnelles contrôlées
(système limbique) et donc de
mémoire, siège du
bâillement d'émotivité
des singes (et des bâillements
sexuellement induits);
-un cerveau
«néomammalien»
caractérisé par le
développement cortical chez l'homme,
siège du bâillement d'empathie,
«contagieux».
La
contagion, ou mieux la
réplication, du bâillement
n'existe que chez les primates
humanoïdes et nécessite les
fonctions des régions
fronto-temporales qui viennent "chapeauter"
les autres structures ci-dessus
décrites. Des pathologies des lobes
frontaux (le cerveau des comportements)
s'accompagnent également de
phénomènes d'imitation
involontaire ou mimétisme. Le
bâillement se rapproche de ces
anomalies neurologiques du comportement,
c'est à dire qu'il correspond à
une imitation comportementale non
inhibée contrairement à
l'observation d'autres comprtements qui eux
le sont. La réplication du
bâillement serait une forme d'empathie
involontaire, véritable
synchronisateur d'états de vigilance
entre plusieurs personnes.
Un peu de
neurophysiologie
Le bâillement met en jeu
différents neuromédiateurs au
niveau des structures anatomiques
décrites ci-dessus, c'est à
dire des messagers entre groupes de neurones
: ocytocine et dopamine
sont cruciaux. (C'est la dopamine qui fait
défaut dans la maladie de Parkinson;
ceci explique la disparition du
bâillement chez ces malades). Mais
interviennent aussi la sérotonine et
l'acéthylcholine. Les
médicaments qui modifient les
concentrations de ces médiateurs
modifient le bâillement. Ainsi
Paroxétine ou fluoxétine,
utilisés pour soigner des états
dépressifs et qui augment la
concentration en sérotonine,
déclenchent des salves de
bâillements inapropriés chez
certains patients. Les médicaments,
qui calment le mal des transports, diminuent
les bâillements (effet comme l'atropine
qui inhibe l'acéthylcholine)
Les progrès
dans la compréhension des
systèmes neurobiologiques de
l'alternance éveil/ sommeil permettent
aussi de proposer une nouvelle
théorie, où le bâillement
serait le trait comportemental
révélant la transition d'un
état à l'autre :
théorie
du l'interrupteur flip - flop
(switch).
L'excès
de bâillements
L'excès de bâillements peut
être un symptôme
révèlant une
maladie du cerveau, notamment touchant le
tronc cérébral. Par exemple, au
cours d'un
coma lié à une augmentation de
la pression (quelque soit la cause) dans
la boite cranienne, l'apparition de salves
répétées de
bâillements témoigne d'une
compression du tronc cérébral
dans le trou occipital (l'orifice par
où la moelle épinière
sort de la tête). Ceci est un indice
d'une mort prochaine sans levée rapide
de cette hyperpression.
L'excès de bâillements,
survenant par salves de 10 à 30
successifs, peut-être une maladie
propre, forme particulière ou
momentanée de la maladie des tics
chroniques. Ce n'est pas psychologique ou
psychiatrique.
Mais surtout, devant un excès de
bâillements, survenant par salves, il
faut penser à un effet secondaire
désagréable lié à
la prise
de médicaments (nombreux et sans
doute pas tous
répertoriés).
Pourquoi
s'intéresser au bâillement
?
Le bâillement représente un
modèle tout à fait pertinent
pour comprendre des bases du comportement,
tant sur le plan des neurotransmetteurs que
sur le plan neuro-anatomique et
embryologique. Son ancienneté
phylogénétique montre
l'intérêt de l'étude de
la neurophysiologie sous l'angle de la
phylogénèse.