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 Biographies de neurologues
 
Nouvelle Iconographie de La Salpêtrière
 
 L'histoire des neurosciences à La Pitié et à La Salpêtrière J Poirier
The history of neurosciences at La Pitié and La Salpêtrière J Poirier
 
 
brissaud
 
Buste de bronze par Paul Paulin
Musée d'histoire de la médecine Paris
 
Le 4 juin 1896, soit quelques mois après la découverte de Röntgen, Brissaud utilise avec A. Londe, la nouvelle méthode pour fixer et localiser l'image d'un projectile intracranien, moyennant un temps de pose d'une heure et demie (on mesure ainsi le risque que comportaient les premières manipulations). On lui doit la mise en évidence de l'infantilisme thyroïdien. En 1895, il définit et analyse avec H. Meige et Launois les caractères du gigantisme.
 
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 mise à jour du
6 novembre 2003
avec l'aide de
Bernadette Molitor
BIUM
In english
Edouard BRISSAUD
Besançon 1859 - 1909 Paris
par son élève A. Souques
Revue Neurologique
15 janvier 1910 n°1
http://www.whonamedit.com

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edouard brissaudedouard brissaud
Leçons sur les maladies nerveuses E Brissaud - 21° leçon : Sur le rire et le pleurer spasmodique 1893
 
Mes chers collègues,

Notre Société a fait une grande et douloureuse perte : un de ses membres les plus éminents, le professeur Brissaud est mort. A peine le bruit de sa maladie s'était-il répandu que l'inquiétude succédait à l'espoir des premiers jours et que le dénouement se précipitait avec une tragique rapidité. Les soins affectueux des siens, les conseils éclairés de ses amis l'habileté d'un chirurgien célèbre, tout demeura impuissant. En un mois, le mal l'avait terrassé dans la plénitude de la force et de l'intelligence.

Ce que fut Brissaud, que j'eus pour maître, et dont je ne peux évoqué ici la mémoire sans une émotion profonde, ce qu'il fut comme savant, comme homme, je le sais et je le sens, mais je ne serai pas capable de le dire comme il conviendrait.

Pour comprendre ses aptitudes merveilleuses et sa personnalité il faut regarder du côté de son origine et de son milieu. Là est en puissance toute sa destinée. Fils d'universitaire, il grandit dans une famille où les belles lettres, les sciences et les arts étaient cultivés avec passion. Son oncle, le docteur Féréol, un de nos bons vieux maîtres de la Charité lui inspira le gout de la médecine, et Charcot, et Lasègue, dont il fut l'interne, l'inclinèrent vers l'étude des maladies nerveuses. Il devint ainsi neurologiste et ne tarda pas à occuper, en neurologie une place prépondérante.

Énumérer ici ses remarquables travaux, serait une tâche impossible, tant la liste en est longue, et superflue, tant vous les connaissez. Je ne puis pourtant m'empécher de rappeler ici ses études originales sur l'Asthme, sur l'Angoisse et l'Anxiété qu'il distingua expressément; ses vues ingénieuses sur la maladie de Little, l'Aphasie d'intonation et la Métamérie spinale; ses conceptions pathogéniques séduisantes de la Paralysie agitante et des Arthropathies tabétiques. Je ne puis pas ne pas citer ses investigations sagaces sur les Tics et les Spasmes, les Douleurs d'habitude, l'oedème simulé des hystériques, les Ophtalmoplégies, les Contractures des Hémiplégiques et les Paralysies pseudo-bulbaires, ni ne pas mentionner ses recherches, faites en collaboration avec Lamy, Lereboullet., Sicard sur la Catatonie brightique, les Sciatiques spasmodiques. l'Hémicraniose et le Traitement des Névralgies par les injections d'alcool. Mais je tiens avant tout à rappeler ses belles découvertes : le Torticolis mental, l'Infantilisme dysthyroïdien, le Réflexe de fascia lata, qui tous trois portent aujourd'hui son nom, sur le Rire et le Pleurer spasmodiques, la Chorée variable des dégénérés, et les rapports de l'Acromégalie et du Gigantisme qu'il étudia avec son disciple Henry Meige. Je ne veux pas oublier enfin son Anatomie du cerveau de l'homme et le splendide atlas qui l'illustre, dessiné tout entier de sa main avec un art parfait, oeuvre monumentale qui représente un labeur prodigieux, et dont j'ai ouÏ dire à Charcot qu'il était fier de l'avoir inspirée.

Dans ces dernières années, il s'était attaché aux accidents du travail et aux délicats problèmes de médecine légale qu'ils soulèvent. Cette étude lui avait fourni l'occasion de signaler une psychonévrose nouvelle, la Sinistrose, et d'écrire, sous forme de rapports, une série de petits chefs-d'ceuvres, aussi goûtés des magistrats que des médecins.

 
albert.londe.brissaud
Mlle Mabillon : attaque d'hystérie tenue par E. Brissaud (photo Albert Londe )
 
Brissaud ne borna pas son activité aux maladies du système nerveux, il laisse, en, effet, des travaux précieux sur la Nature tuberculeuse des gommes scrofuleuses et les Tuberculoses locales dont les conclusions ont reçu depuis lors une confirmation éclatante, sur la Maladie kystique des mamelles, les Cancers et les Adénomes; sur la Tuberculose du foie, le Bubon rhumatismal, etc. ici comme là, en anatomie pathologique comme en clinique, il s'agit d'études approfondies, de déductions judicieuses et d'aperçus séduisants, qui portent son empreinte, sa frappe, si je puis ainsi dire.

Il aimait l'enseignement, non pas l'enseignement théorique et traditionnel dont il dédaignait le dogmatisme scolastique, mais l'enseignement pratique et clinique, rajeuni et vivifié par les secours du laboratoire. Il multipliait les présentations de malades, de pièces et d'images pour instruire - il enseignait clairement et simplement, ce qui ne l'empéchait pas, de temps en temps, de prendre des envolées superbes à travers tous les domaines des sciences médicales : histoire, histologie, pathogénie, physiologie, embryologie, etc. Ceux qui n'ont pas eu le plaisir de l'entendre, en retrouveront un écho dans ses deux beaux volumes de Leçons professées à la Salpétrière et à l'hôpital Saint-Antoine.

Il tenait le livre pour un complément indispensable de l'hôpital. Aussi avait-il assumé la lourde tâche de diriger deux grands ouvrages : le Traité de Médecine et la Pratique médico-chirurgica1e dont le légitime succès a dépassé les espérances.

Ajouterai-je que rien de ce qui concernait notre profession ne lui était indifférent? Il en connaissait et en pratiquait tous les devoirs, s'intéressant activement aux questions de prévoyance et de déontologie médicales. Il aimait les Congrès, et ce n'est pas ici qu'il sera nécessaire de souligner la part importante qu'il préta à la fusion des Aliénistes et des Neurologistes de notre pays.

Innombrable et variée, forte et originale, son œuvre touche à tous les problèmes de la médecine. Elle lui assure une des premières places parmi les contemporains. Son nom impérissable passera à la postérité.

Des dons naturels incomparables, des connaissances générales puisées dans te milieu de savants, d'artistes et de littérateurs où il fréquentait, transformées et magnifiées par son propre génie, avaient fait de lui, on peut le dire sans exagération, un esprit véritablement universel. Instruit de tout, il avait de tout des notions étendues, et apparaissait supérieur en tout. C'était un fin lettré qui écrivait une langue limpide et savoureuse. Friand d'étymologies, philologue à ses heures, il avait jadis conté avec humour l'Histoire des expressions populaires relatives à 1'anatomie, à la physiologie et à la médecine. Sa parole était chaude et pénétrante ; il excellait à trouver la citation heureuse, l'image qui peint, le mot qui reste. Dans l'intimité, sa conversation volontiers familière était rehaussée de saillies inattendues et de boutades spirituelles qui en faisaient un régal délicieux

De l'artiste, il avait peut-être le dehors, certainement le dedans, je veux dire l'amour du beau, le gout sûr, l'imagination riche, tout enfin, même le brin de fantaisie. S'il eût suivi la carrière des arts ou des lettres, il y eut brillé aux premiers rangs. Il eut été un artiste renommé au seizième siècle, un encyclopédiste fameux au dix-huitième.

 Que dirai-je de l'homme maintenant?... Il me semble le voir entrant ici avec ce regard inoubliable et ce sourire magnifique qui illuminaient son visage, avec cette tête puissante et ces cheveux mal asservis qui retombaient en touffes sur sa tempe droite. Je le vois encore assis parmi nous, dans son attitude coutumière, le front courbé sur une feuille de papier qu'il noircissait d'un dessin machinal. On eut cru sa pensée emportée bien loin par la distraction. Pure apparence: Brissaud était un distrait attentif. Et on s'en apercevait bien dès que, relevant la tète, il prenait part à la discussion. Il le faisait, parfois avec fougue, toujours avec une chaleur et un accent si persuasif que, quand il avait fini de parler, nous l'écoutions encore.

C'était un grand cœur, un caractère ferme, une conscience courageuse. Animé d'idées généreuses, épris de justice et d'équité, passionné pour le bien, il avait à un degré très rare la bonté, la simplicité, l'indulgence et la modestie, sans que je puisse dire laquelle de ces vertus l'emportait sur l'autre. Il émanait de toute sa personne ce je ne sais quoi -qui attire, qui charme et qui retient.

La vie, le traitant en étre d'exception, l'avait comblé. Elle lui avait, de bonne heure et sans cesse, et spontanément, apporté titres, honneurs, dignités, un service dans les Hôpitaux, une chaire à la Faculté, un fauteuil à l'Académie. Elle lui avait donné les joies douces du foyer et elle lui en réservait de prochaines, quand la mort jalouse l'a pris.

Nous l'avons accompagné là-bas, à son cher Nemours, où il repose dans un paisible cimetière de campagne, entre les rives gracieuses du Loing et les rochers de la foret prochaine, dans un décor fait pour son âme d'artiste, En route, chacun, triste du présent, évoquait les souvenirs du passé. Et je pensais involontairement à ce proverhe d'Italie «Plus loin on accompagne celui qui part, plus on le regrette» Certes! si celui qui est parti sera plus regretté que personne, c'est parce que nul ne fut plus aimé! 

edouard brissaud

ÉDOUARD BRISSAUD (1852-1909) from : Founders of Neurology, Webb Haymaker, Francis Schiller 1970

BRISSAUD was a neurologist's neurologist. He grew up in the school of Charcot and Lassègue, wrote his thesis on the permanent contractures in hemiplegia, in which he showed that hemiplegia due to pontile lesions may occasionally be of the spasmodic type; he rose steadily in the ranks from interne to agrégé, taking the chair of medicine in 1899 and of internal medicine the following year.

His interest in neurology and neuropathology was early excited by his work at the Salpêtrière, and both in the clinic and in the laboratory he toiled to cultivate the fields which Charcot planted. He described in detail the double innervation of the face, the dissociation between voluntary and mimetic expression, and the analogy between the facies of pseudobulbar palsy and that of parkinson ism. Referring to the tremor of the tongue, mandible and lips in a patient with paralysis agitans, Brissaud used the unforgettable expression: He "murmurs an interminable litany." He had, in 1894, the astuteness to conclude that "the localization of Parkinson's disease must be subthalamic or peduncular," and to reject the current notions that the disease was either muscular or a neurosis, in favor of his cerebral hypothesis, seeing the essential morbid feature as a central disorder of muscle tone. Based ou a postmortem case where a tuberculoma destroying the substantia nigra had given rise to the Parkinson syndrome, he concluded that "the locus niger might well be its anatomical substratum." A decade or so afterward more lesions were found at this and at the basal ganglion levels by Manschot, Jelgersma, and Lewy. Subsequently the pathological study of paralysis agitans was rounded out by such authorities as C. and 0. Vogt, Bielschowsky and Lotmar.

Brissaud also described tics, spasms and torticollis, but rather on clinical than anatomical lines. Tic without characteristic march, he said, consists of a series of fleeting, movmements without uniformity-a step, a shrug, frown, sigh, crack of the fingers, exclamation. Brissaud also found time to publish a text on the anatomy of the human brain, illustrated by his own hand. One of his major contributions to French neurology was the founding, with Pierre Marie, of the Revue neurologique.

Brissaud ventured into other fields: psychiatry, at the instigation of Lassègue; folklore in medicine; hygiene for asthmatics. In his medicolegal work he became known as the national expert on injuries in relation to conversion hysteria. Breaking with Charcot on the organic nature of hysteria, he aligned himself with Babinski, saying that one could always differentiate between organic and functional disorders, but that the distinction between conversion hysteria and simulation was sometimes impossible. "A symptom that cannot be simulated is not a symptom of hysteria." Brissaud had a wide field for his expert testimony following passage of a compensation law in 1898.

Brissaud brought informality to the classroom and the laboratory. He even gave up the top hat, that symbol of professorial majesty. His verbal sallies brought delight to students. At the same time he emphasized honesty and ethics. " Hypothesis " he said in a lecture apropos the substantia nigra, "is an honest euphemism for 'ignorance' the sort of ignorance that knows itself . . . surely the sort we may on occasion be permitted to brag about' Work form him seemed altogether effortless. he was a target for the cartoonist, who embellished his generous paunch to overflowing. It was not hard to see that culinary art was one of his chief diversions.

Brissaud died of a brain tumor at the early age of fifty-seven. Horsley operated on him in Paris but it was too late. One of his last wishes, that he be buried without benefit of the church-for he considered himself a freethinker-was not granted.

SAN FRANCISCO, CALIFORNIA WALTER FREEMAN